vendredi 18 décembre 2009

Dernière nouvelles de Copenhague, dernier jour pour sauver le monde que nous connaissons (?)

Hier, action de Friends of the Earth devant le Bella Center : "only climate justice will save the CP" (la Conférence des Parties). Nnimmo Bassey, Président de Friends of the Earth International, n'a pas été autorisé à entrer dans le Bella Center malgré ses 2 ou 3 badges.

Info de Sébastien Blavier du RAC (Réseau Action Climat France): à l'intérieur, il faut un nouveau badge (en nombre encore plus réduit, bientôt ça tiendra sur les doigts d'une main) pour les ONG qui veulent assister à la plénière des chefs d'État. Il apprend que finalement toutes les ONG, même celles qui ont ce badge, restent à la porte de la plénière. Ambiance ...

Ce matin, nouvelle action : distribution, à plusieurs endroits de la ville où passent les délégations officielles, du "Climate Justice Times", journal réalisé par les Amis de la Terre International et diffusé très largement depuis deux jours. Distribué gratuitement au son de "last day to save the world !". Le journal est parti très vite, mais je me suis fait virer deux fois par les flics d'une station de métro (distribuer un journal est subversif, comprenez).

10 h : analyse par Sébastien Blavier d'une déclaration mise sur la table en plénière par la présidence danoise (l'idée d'avoir un traité est morte et enterrée, les chefs d'État s'orientent sur une déclaration) :

- pas d'année de référence pour les réductions d'émissions (2005 et 1990)
- Pas de pic des émissions (asap)
- référence au 2°c
- Pourcentage de réduction 2020 : il y a un X (donc pas encore de chiffre)
- 30 milliards $ de "fast start" (c'est-à-dire les financements précoces) 2010-2012 : c'est la seule chose qui s'améliore : les pays riches augmentent les financements précoces pour "acheter" les Africains et les petits Pays sans s'engager sur le long terme, infiniment plus cher que cette bricole
- Long terme : chiffre de 100 milliards $, avec « objectif de mobiliser ensemble » : très faible
- Mécanisme de financements innovants : panel de haut niveau qui va être mis en place, qui rendra compte à la COP : langage faible
- Révision et mise en œuvre en 2016 (on veut 2014), c’est très faible
- Pas de sanction ni d’outils légalement contraignant ! Le texte renvoi à la COP 16 (Mexico, décembre 2010) et à une future décision !

En bref : TEXTE BON A JETER A LA POUBELLE. Ecoeurant.

Mais la nego n'est pas finie. Apparemment deux autres textes ont été proposés, un de l'Angleterre et un d'on ne sait où. C'est très confus.
Personne ne sait ce qui peut se passer d'ici ce soir, les négos peuvent s'arrêter à tout moment tant c'est tendu (une partie du groupe des pays africains, en forte tension interne, a failli claquer la porte cette nuit). Les journalistes eux mêmes hallucinent sur la médiocrité et les blocages. Il est également possible que les négos se poursuivent demain.

A 13 h, réunion au KlimaForum des Amis de la Terre International et leurs alliés stratégiques (La Via Campesina, etc) : "Post-Copenhague, quelle construction des mouvements de résistance ?" (au KlimaForum, les réunions sont utiles).

A 15 h, marche de Climate Justice Network, Climate Justice Action, les Amis de la Terre International et beaucoup d'autres pour demander la libération de tous les prisonniers climatiques (la police en a gardé quelques uns), le rejet des fausses solutions, et des alternatives durables, locales, décidées par les citoyens eux-mêmes.

Seb


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jeudi 17 décembre 2009

Copenhague déraille

Les doutes que nous avions dans les derniers jours s'aggravent et de nouveaux incidents se multiplient. Aujourd'hui, force est de constater que les Nations unies avaient un petit air d'OMC et Copenhague un petit air de Seattle.

Il est désormais flagrant que l'ensemble du Sommet de Copenhague part en vrille. Déroulé d'une journée ubuesque.

8 h
Rassemblement pour l'action ”Reclaim the power”. Les Amis de la Terre International, après de longs débats difficiles, ont décidé de ne pas s'y joindre par crainte de violences. Mais chaque personne des Amis de la Terre est libre d'y aller en son nom propre : j'y vais en mon nom propre.
Trois heures de marche (autorisée par la police) sans problème avec quelques milliers de personnes. Une journaliste m'appelle et me dit que la manif a pour slogan principal ”no cop” (jeu de mot entre cop, policier et COP, la conférence des parties, c'est à dire le sommet de Copenhague).
Etant en plein milieu de la marche je lui précise que c'est complètement faux, et que les slogans sont les mêmes que lors des actions de samedi dernier :
- reclaim the power / power for the people
- climate justice / our climate, not your business
- system change not climate change
- democracy.

9 h
Message des Amis de la Terre International : les 96 représentants de 33 pays, tous officiellement accrédités avec deux badges chacun (l'obligation actuelle pour rentrer), sont tous exclus par les Nations unies sans motif.
Explications demandées immédiatement. Les motifs avancés sont pour le moins obscurs et contradictoires, et toujours différents :
- il n'y a plus de place à l'intérieur (une personne appellée à l'intérieur nous confirme que si)
- du fait de consigne de sécurité incendie, il faut faire sortir du monde ;
- les badges ne sont plus valides (ils n'ont pas de date de validité) ;
- les Amis de la Terre International ont reçu trop de badges (ce sont les mêmes qu'hier).

Aucune raison ne tient la route. Notre analyse penche plutôt pour deux raisons officieuses :
- les Amis de la Terre International ont figuré un moment sur le site de Climate Justice Action, le collectif organisateur de la marche de ce matin (mais ils s'en sont finalement retiré) ;
- les Amis de la Terre International ont fait hier et avant hier des actions à l'intérieur du Bella Center. Actions symboliques, non violentes et consistant à porter un poncho bleu (comme lors de la marée humaine de samedi dernier), taper dans ses mains pendant deux minutes en disant à haute voix ”EU take leadership”, ”40% de réductions d'ici 2020” hier ou, avant hier, en tendant à bout de bras un papier de format A4 sur lequel on peut lire ”soutien à l'Afrique” (qui vient d'interrompre les négociations pour sauver le protocole de Kyoto, menacé de disparaître du fait des pressions des pays riches). Actions hautement subversives, donc (rares à l'intérieur du centre officiel, hélas). La réaction des Nations unies est totalement disproportionnée – du jamais vu dans une COP climatique.

Les représentants des Amis de la Terre International se concertent et refusent tous de sortir, en organisant un sit-in sur place, à l'enréte du Bella Center. Les Nations unies interdisent alors aux médias et délégations officielles de leur parler. Portables et téléphones s'activent et une cyberpétition part dans l'heure avec communiqué de presse international. Les Nations unies finissent par proposer 12 places (pas plus d'explication que la première fois). Nouvelle concertation, et les Amis de la Terre présents rejettent en bloc le marchandage et quittent tous ensemble le centre : boycott des Nations unies ! Une première.

En parallèle, les Nations unies ferment totalement le Bella Center (la marche se rapproche, vous comprenez : 3000 personnes à pied face à 8000 policiers équipés comme des Goldorak – le Danemark, pour ce Sommet, a rameuté plus de la moitié des forces de police de tout le pays).

10 h
Faut pas croire que ça se passe bien au niveau officiel : la ministre danoise qui présidait la Conférence, Connie Hedegaard, démissionne au profit du Premier Ministre danois.

12 h
Dehors, la marche a atteint le Bella Center. Premières échaufourrées avec la police danoise, peu réputée pour sa subtilité depuis samedi. Quelques mails annoncent l'émeute. En fait d'émeute, les flics embarquent 230 personnes assez paisibles (relâchées quelques heures après, car il n'y a rien à leur reprocher – comme samedi, où 968 personnes ont été embarquées parfois violemment et où ... 15 sont restées en garde à vue au bout de quelques heures).
Suit le ”walk out” : 50 à 100 personnes sortent du Bella Center pour rencontrer la marche. ”Escortés” par des policiers, plusieurs se font violemment matraquer par la police alors qu'ils traversent un pont en marchant, notamment des représentant de peuples indigènes au premier rang du walk out.

13 h
A l'intérieur, les Nations unies annoncent que plus aucune ONG n'a le droit de rentrer dans le Bella Center, même celles officiellement et doublement accréditées.

14 h
De l'avis général, Rasmussen, premier Ministre danois, est pire que sa prédécésseur. L'avis général est vite confirmé : en tant que nouveau président de la conférence des parties, il propose en plénière deux nouveaux textes tirés du chapeau, qui ne sont pas basés sur les discusions officielles de la veille. Rien de plus efficace pour bloquer une discussion et perdre du temps : inévitablement, la réaction (justifiée) du G77-Chine est un gros coup de gueule : ses représentants dénoncent les uns après les autres ce texte ”tombé du ciel” et demandent un point de procédure en critiquant la méthode danoise, qui paralyse les négociations plusieurs heures.

15 h
Réunion de concertation des Amis de la Terre International : demande de justification écrite des Nations unies pour l'inadmissible exclusion sans motif de tous nos représentants, travail massif sur les médias (ça sonne dans tous les sens), dénonciation des violences policières, ré-insistance sur notre message politique de justice climatique.
Analyse en plusieurs points :
- les pays du Sud (notamment africains) se sont déjà fait exclure de certaines réunions organisées en douce par la présidence danoise, en parallèle du processus de négociations officielles (les Amis de la Terre International ont protesté à chaque fois). Ca ressemble un brin à l'OMC et ses fameux salons verts où seuls certaines (gros) pays triés sur le volet pouvaient rentrer négocier ;
- les ONG sont en train de se faire évincer à très grande vitesse du centre officiel. Demain, il en restera 1000 sur 22 000, après demain encore moins. Comme dit une collègue, la seule réduction radicale qu'obtiennent les Etats, c'est celle du nombre d'ONG dans le centre officiel ;
- si la présidence danoise peut organiser tout ça, c'est qu'elle est soutenue par des plus puissants qu'elle : d'une manière ou d'une autre, Etats Unis et UE sont derrière. Ils continuent de refuser d'assumer leurs responsabilités en campant sur leurs minables annonces initiales, guère plus. Mais ils rejettent la faute sur les pays du Sud à qui ils reprochent de perdre du temps sur les procédures et les méthodes – que la préésidence danoise s'ingénie à ne pas respecter voire truander grossièrement.

16 h
Travail médias. Ca intéresse pas mal de journalistes de savoir qu'on se fait jeter des négos, et ce qu'on en pense. Interview de Nnimmo Bassey, président des Amis de la Terre International, par Libé. On explique encore et encore qu'on soutient totalement les pays du Sud qui ne sont plus prêts à se faire rouler, que les responsables sont avant tout les US et l'UE, qu'il faut un changement de système et non un rafistolage de fausses solutions, etc.

17 h
Les Etats Unis reprochent à l'Afrique de bloquer les négociations. Ca manquait pour conclure une journée de déraillages pareils. J'appelle un journaliste français présent au Bella Center, qui me confirme qu”à l'intérieur aussi c'est le bordel”.

18 h
Réunion action des Amis de la Terre International, pour la suite des événements (demain et après demain, voire samedi si ça se rallonge). Vu que presque personne des Amis de la Terre ne rentrera plus dans le Bella Center, on se prépare dehors. Je suis dans le groupe actions urgentes pour réagir dans l'heure aux évolutions politiques négociées à l'intérieur.
Réunion à 8h30 demain matin pour faire un point de fond sur les négos du jour (policy brief), puis réunion du groupe actions une heure plus tard pour faire le lien. En parallèle, on prépare l'après Copenhague et la construction des mouvements sociaux.

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mercredi 16 décembre 2009


Les Amis de la Terre se sont vu annuler leur passes d'entrée au Bella Center, et donc refuser d'entrer dans le centre des négociations ! alors qu'ils ont leur accréditation de puis des semaines et qu'ils sont observateurs officiels !
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Où en sont les négociations officielles ?

Pendant que les ONG et mouvements sociaux présents en masse rivalisent de créativité et inventent un monde de demain radicalement différent, que font les milliers de négociateurs officiels ?

Ils bavassent pour des résultats faméliques. D'abord les rares bonnes nouvelles à se mettre sous la dent :
- l'Union européenne semble désormais davantage en faveur de financements publics pour la déforestation évitée (REDD), que pour un marché carbone ;
- des taxes sur les émissions du transport aérien et maritime international sont évoquées de plus en plus souvent comme mécanisme de financement (donc pas un marché carbone de plus) ;
- l'Afrique refuse de se laisser faire, et a même interrompu les négociations hier, soutenue dans l'heure par une action des Amis de la Terre International au sein même du centre officiel. Elle a ainsi potentiellement sauvé la poursuite du Protocole de Kyoto (imposant des obligations aux pays riches).


Maintenant les mauvaises nouvelles : elles sont légion :
- les Etats Unis ne bougent pas. Leur proposition de réduction de leurs émissions reste 10 fois inférieure à ce que requiert la science (4%de baisse d'ici 2020 par rapport à 1990, au lieu de 40%) ; les propositions de financements publics aux pays du Sud n'avancent pas ;
- l'UE n'a aucun leadership, et ses propositions de réduction et de financement demeurent à côté de la plaque ;
- les fuites de carbone potentielles dans les engagements des pays riches (pourtant déjà ridicules) sont colossales. 4 fuites massives ont été mises en évidence par les Amis de la Terre International : l'air chaud surtout (des quotas de CO2 que la Russie et l'Ukraine surtout peuvent revendre à des pays riches), LULUCF (agriculture, usage des terres et foresterie dans les pays riches), bunkers (émissions des transports aériens et maritimes internationaux – sont une part importante concerne les pays riches) et MDP (Mécanisme de Développement Propre, le système de compensation carbone Nord-Sud dont une grande partie des crédits carbone sont fictifs). En additionnant ces 4 mécanismes de fuite, on aboutit à une fourchette de 15 à 30% des émissions des pays riches d'ici 2020, alors que ces derniers se sont collectivement engagés à les réduire de ... 15 à 20% pour le moment.
Ces fuites ne sont absolument pas réglées, c'est plutôt l'inverse qui est en train de se produire : les pays riches demandent le maximum de souplesse possible dans leurs engagements, ce qui pourrait conduire à annuler totalement les réductions réelles de leurs émissions domestiques d'ici 2020 ;
- les pays riches, fortement aidés par la présidence danoise de la Conférence (extrêmement critiquée en cela par les Amis de la Terre International), ont à plusieurs reprises tenu des réunions limitées à un nombre restreint de pays triés sur le volet dans la plus totale opacité :
ils reproduisent dans les négications climatiques les chambres vertes (« green rooms ») de l'OMC, qui excluaient l'immense majorité des pays pauvres – en violation totale des principes des Nations unies ;
- les pays riches essaient de faire porter le chapeau par les pays du Sud, en estimant que ce sont eux qui bloquent les travaux et l'avancée des négociations ; les pays riches critiquent ainsi les exigences légitimes des pays pauvres, ces derniers n'ayant pas l'intention de se faire plumer une fois de plus ;
- les négociations de Copenhague ne se dirigent pas vers un accord juridiquement contraignant mais vers une déclaration politique. Non moins grave grave, les pays riches ont tenté à plusieurs reprises de couler le Protocole de Kyoto (qui continue à déplaire autant aux Etats Unis) ;
- les négociations piétinent : si un texte commun a finalement été mis sur la table en tout début de deuxième semaine comme base de discussion, ses quinze pages comprennent 400 parties entre crochets (les fameux « brackets » à trancher par la suite). Un pareil volume met en évidence le manque total de consensus sur le texte, et la distance restant à parcourir pour un accord (chaque bracket doit être discuté).

La conclusion tient en deux mot : dramatique (pour la planète et la
population) et consternante (de la part des pays riches). Cela laisse présager le pire pour vendredi : un texte non contraignant contenant des engagements lamentables et truffé de fuites, c est a dire un triple échec pour le sommet de la dernière chance pour les 2°C d'augmentation de la température mondiale d'ici 2100, au delà de laquelle le réchauffement n'est plus contrôlable.

Plus que trois jours pour un sursaut des pays riches. Mobilisation generale pour leur mettre la pression ! Beaucoup de choses ne sont pas tranchees, car les negociateurs disent qu ils n en ont pas le pouvoir et en renvoient la responsabilite aux Ministres, qui discuteront demain, mais laisseront eux memes les chefs d Etat trancher jeudi et vendredi les sujets les plus sensibles ...

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KlimaForum : Monsanto sifflé par 500 spectateurs du Prix de la sirène en colère


Les Amis de la Terre International ont organisé aujourd’hui la cérémonie de remise du Prix de la sirène en colère, pour le pire lobby s’étant efforcé de saboter les négociations climatiques. La petite sirène est l’emblème de la ville de Copenhague.

Le prix a été remis par Naomi Klein : c’est le géant des biotechnologies Monsanto, avec 37% du total des voix, qui a largement remporté le vote.
Les deux pires lobbyistes suivants sont Shell, géant anglo-néerlandais de l’industrie pétrolière (18% des voix) suivi par l’Institut Américain du Pétrole (14% des voix). Plus de 10 000 internautes ont voté pour le Prix.

Monsanto a gagné le prix pour sa triple fausse solution aux changements climatiques : faire du lobbying pour bénéficier de crédits carbone (première fausse solution, la compensation carbone Nord-Sud) pour son soja génétiquement modifié “RoundupReady” (deuxième fausse solution), cultivé pour produire des agrocarburants (troisième fausse solution).

Avec cette combinaison hors du commun, Monsanto se surpasse et justifie amplement son prix, quoique la concurrence était reelle avec les sept autres nominés, chacun ayant rivalisé d’ingéniosité et de travail de sape en 2009 pour saboter toute action efficace contre les changements climatiques, afin de préserver ou augmenter ses bénéfices.

Monsanto surtout et les sept autre nominés ont ainsi été copieusement sifflés par les 500 spectateurs de la grande salle du KlimaForum, entierement remplie pour l’occasion. Mais un autre acteur l’a été également : il s’agit du WWF, dénoncé par une Argentine présente dans la salle, pour sa participation à la Table Ronde sur le Soja Responsable (RTRS), le soja étant devenu la première cause de la déforestation au Brésil et la RTRS ne rejetant pas les OGM contre lesquels se battent au quotidien des centaines d’organisations d’Amérique du Sud.

Nnimmo Bassey, Président des Amis de la Terre International, a vigoureusement dénoncé les activités en Afrique de Shell, Monsanto et Sasol (compagnie pétrolière sud-africaine), en détaillant – outre leur lobbying scandaleux - les crimes écologiques et sociaux qu’elles commettent sur ce continent.

Naomi Klein, qui a présenté le Prix, a egalement dénoncé les interpellations injustifiées de militants pratiquées aujourd’hui par la police danoise, a condamné ces intimidations envers les citoyens et la société civile, et a encouragé les citoyens à faire entendre leur voix face à des décideurs gangrenés par des lobbys privés beaucoup trop puissants.

Plus d’information sur le prix et les 8 candidats :
http://www.angrymermaid.org



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lundi 14 décembre 2009

Accréditations des ONG : honte aux Nations unies ! Les ONG restent à la porte

Jour 1, résumé : ça commence en fanfare

Personne ne pourra croiser ma trombine au sein du Bella Center, lieu des négociations climat à Copenhague, pour une raison aussi simple que déplorable : je ne rentrerais probablement pas dans le centre officiel, malgré ... deux accréditations des Nations unies (une venant de Friends of the Earth, une du Réseau Action Climat France : Hannah, notre chargée mobilisation, était pourtant prudente...).
(photo : la vision de Seb des Nations Unies en ce jour froid du 14 décembre 2009)

J'ai fait 9 heures de queue devant le centre officiel aujourd'hui pour (ne pas) récupérer mon badge, le sésame indispensable pour entrer dans le Bella Center. C'est UN PEU long. Par une température de 2°C, en commençant de nuit et en terminant bredouille à nouveau la nuit tombée, d'abord à 200 m de l'entrée puis en se rapprochant centimètre par centimètre pour finir collé aux grilles, sans obtenir la moindre information précise et claire de toute la journée sur ce qui se passe, malgré nos demandes (sonores, les demandes, surtout vers la fin) : ça force hélas à se poser quelques questions gênantes sur l'envie des Nations unies que les ONG viennent mettre leur grain de sel à l'intérieur, et même simplement sur leur capacité d'organisation et sur le respect qu'elles accordent à plusieurs milliers de personnes de tous bord et de tous pays attendant dans un froid de pingouins qu'on ose simplement leur dire qu'elles sont venues se les geler pour des prunes un jour entier.

Ca fait un mois que la liste officielle des accréditations est complète et finalisée : je le savais, on le savait , tout le monde le savait qu'il y avait trop de monde : 47 000 accréditations pour 15 000 places dans le centre officiel de Copenhague ! Les Nations unies le savaient mieux que tout le monde : elles avaient toute l'info, le nombre exact de personnes de chaque organisation, les données par pays, les fonctions officielles, l'âge du capitaine ... Je me disais que les Nations unies sont une organisation très rodée à ce genre de grand messe (c'est la quinzième COP) et qu'elles trouveraient une solution, un roulement par exemple. Pourquoi n'ont elles rien fait pendant plus d'un mois, avant que ne se produise cette cacophonie grotesque ? Pourquoi ont-elles attendu qu'on s'agglutine en masse sur les grilles ? Surtout, pourquoi des milliers de personnes ont du s'enrhumer consciencieusement sans qu'on leur donne la moindre information ? C'est oui ou c'est merde, et puis ensuite circulez. Nous, motivés à bloc pour sauver la planète après le succès des manifs géantes de ce week end, on prenait notre mal en patience, on se disait qu'on allait pas nous avoir à l'usure avec quelques petites heures de retard ...

Pas très positif pour la réputation de l'institution. Après une journée d'attente, tout le monde criait à tue tête « shame on the UN ». Pas seulement des ONG pur jus, d'ailleurs : des médias aussi, des officiels comme un conseiller du Président des Maldives ou un représentant du gouvernement régional de Taïwan, etc...

La seule bonne nouvelle donc : les Nations unies bloquant tout le monde en vrac, les lobbys ne sont pas passés non plus. Mais trente minutes avant qu'on nous annonce que l'enregistrement fermait à 18 h et qu'il rouvrait à 8 h demain matin (on nous dit toujours pas que c'est complet), les Nations unies ont fait rentrer une poignée de journalistes. Histoire de couvrir comme il faut l'arrivée prochaine des Ministres et des chefs d'Etat, mais sans la foule dérangeante des ONG ?

Malheureusement l'expérience montre que sans la pression des ONG dans ce genre de sommet, les chefs d'Etat ne sont pas bons à grand chose. C'était déjà hyper mal parti en amont, le Sommet a d'emblée confirmé nos craintes malgré la plus grande manif climatique de l'histoire, là le maigre et dernier contre-pouvoir saute : sans personne à l'intérieur pour pousser un coup de gueule, le pire est permis – plus personne pour faire même le « dammage control » le plus modeste. Vendredi 18, le dernier jour donc, où les chefs d'Etat seront au grand complet, il restera 90 ONG sur les 22 000 accréditées en bonne et due forme par les Nations unies. Il y aura dans le Bella Center des tas de chefs d'Etat, des tas de médias pour les couvrir ... mais sans doute plus rien dans les discours pour remplir les feuilles de choux et meubler les interviews télé.

Moi, vu que je suis sur place et que j'ai pris l'habitude d'être dehors, j'y reste. Puisqu'on ne nous donne pas la parole dans les formes officielles, on va la prendre autrement : les Jeunes Amis de la Terre Europe organisent deux ou trois actions chaque jour ! Et il y aura vendredi une grosse réunion au KlimaForum, le centre alternatif, sur les mobilisations pour l'après-Copenhague : changeons de système, pas de climat. Faut mettre aussi les Nations unies dans les choses à changer.




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lundi 7 décembre 2009

Régulation, quand tu nous tiens!


Le petit commentaire du jour sur le lancement vendredi dernier du comité de place "France carbone" par Bercy et Borloo.



Bon point : le gouvernement reconnaît le besoin de régulation des marchés carbone, qui ne sont pas tout à fait des marchés comme les autres. C'est déjà ça, il n'a pas la tête plantée dans le sable façon "tout va très bien, madame la marquise".


Le hic : eh bien quand on regarde d'un peu plus près le déroulement de la cérémonie officielle de vendredi, on s'aperçoit que c'est Rhodia et l'AFEP qui ont présenté cette "régulation des marchés carbone". Pour clarifier, c'est-à-dire l'industriel qui a le plus profité des crédits carbone rendus possibles par les mécanismes de flexibilité du Protocole de Kyoto comme le MDP, et l'AFEP,
l'un des lobbies économiques les plus puissants de France. Il faut avouer que ça la fout mal et que ça fait un peu trop "auto-régulation" à notre goût : "regardez bien messieurs dames les ministres, et voyez par vous-mêmes comme nous sommes déjà bien régulés"...

Enfin on ne peut qu'imaginer puisque nous n'avions pas été conviés à la cérémonie, pour changer. Ce comité de place aura pour fonction notamment d'émettre des recommandations dans les mois à venir. On a du mal à croire que ce comité, dont on ignore la composition mais qui sera bien garnit en "acteurs du milieu", c'est-à-dire en financiers et en industriels, réussira à émettre des demandes allant à l'encontre de l'intérêt de ses membres, mais on demande à voir... Une vraie régulation stricte et sans compromis des marchés carbone, chiche?


Yann Louvel
Chargé de campagne Finance privée
Les Amis de la Terre France

Tous les rapports des Amis de la Terre sur la finance carbone : www.amisdelaterre.org/Documents-sur-la-Finance-carbone.html


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vendredi 4 décembre 2009

Retours sur un rdv au sommet avec M. Kouchner

BILLET D'HUMEUR
Par Sébastien Godinot, coordonnateur des campagnes aux Amis de la Terre

Jeudi 3 décembre matin, réunion avec Monsieur Kouchner, Ministre des Affaires Etrangères, sur les financements innovants. Réunion intéressante où le Ministre, face à 20 ONG unanimes, hésite, voire change d'avis.

Contexte : la France pousse des taxations sur les transactions financières (sur les valeurs mobilières plus précisément), afin de financer le développement (et le climat ? Pas sûr à ce stade). M. Kouchner et Mme Lagarde viennent de publier une déclaration commune à ce sujet dans Le Monde du 1er décembre. Taux : 0,005% ; recette : 35 milliards d'euros par an. Sur les taxes sur les transactions financières, un groupe officiel d'experts proposera un nouveau rapport d'étude en février 2010, et le FMI en proposera encore un autre en avril 2010, etc. Des experts "sérieux" selon le Ministre : "des économistes, des banquiers". Les mêmes qui n'ont rien vu de la crise financière actuelle, voire l'ont provoquée par leur rapacité sans limite ? Les rapports de propositions s'accumulent mais ne se concrétisent guère. Plusieurs ONG présentes rappellent les trois priorités du rapport de référence sur les financements innovants, dit "rapport Landau", commissionné à l'époque par Jacques Chirac : 1. une taxe sur les transactions de change (souvent dite taxe Tobin) ; 2. une taxe uniforme et universelle sur les bénéfices des multinationales ; 3. une fiscalité écologique.

Le Ministre réagit en expliquant, sans aucun argument concret, que la taxe Tobin n'est pas à l'ordre du jour. C'est pourtant de loin la mieux étudiée de toutes les taxes financières internationales potentielles. A tour de rôle, Transparence International, ATTAC, Coordination SUD, les Amis de la Terre, Sidaction, Stamp Out Poverty ou le CCFD expliquent que la taxe sur les transactions de changes est la première étape impérative : c'est la plus facile à mettre en place (les banques ont déjà créé un système centralisant l'échange des monnaies, très difficile à éviter désormais) ; il est pertinent de la lancer à l'échelle européenne ; c'est concrètement faisable puisque l'Allemagne, la France, l'Espagne et même l'Angleterre se sont prononcées en faveur d'une taxe financière. Ces pays représentent les plus gros centres financiers européens. Cerise sur le gâteau : les banques appliquent déjà une taxe sur ces transactions financières, pour financer ... le système informatique permettant de gérer ces transactions financières. Sur ce marché financier spécifique, la taxe existe donc déjà : c'est par là qu'il faut commencer à faire contribuer la sphère financière, scandaleusement peu taxée, aux financement des biens publics mondiaux.

Les ONG sont également unanimes sur deux autres éléments clés : d'abord, c'est maintenant qu'il faut agir, pas dans un an. Les banques sont encore fragiles mais redeviennent vite agressives ; c'est aujourd'hui qu'il faut leur imposer cette taxe, pas demain. Ensuite, c'est au niveau des Nations Unies que l'allocation (l'utilisation) des sommes doit être décidée, pas au niveau des États du Nord. Les domaines à financer en priorité relèveront d'autres réunions ...

M. Kouchner, qui a le mérite d'écouter les arguments des uns et des autres lors de la réunion, devient manifestement hésitant et se dit "en pleine confusion". Il nous demande s'il vaut la peine pour lui d'aller discuter du sujet avec Ban Ki Moon, secrétaire général des Nations Unies, le lundi suivant. La réponse est oui, mais la priorité est : une taxe sur les transactions de changes comme première étape. D'autres étapes, d'autres taxes internationales devront suivre pour générer les montants nécessaires au développement soutenable des pays du Sud, à l'éradication de la misère, à la préservation des biens publics mondiaux (dont la stabilité financière mondiale ou l'équilibre du climat).

Dans les trois derniers mois, Messieurs Sarkozy , Kouchner, Borloo et Madame Lagarde ont tous fait des annonces publiques sur le besoin de taxes internationales, dans le plus grand désordre. Visiblement, la France ne sait pas ce qu'elle veut en la matière : elle pousse une taxe un jour, le lendemain une autre. Elle mentionne surtout une taxe sur les transactions financières, sans préciser desquelles transactions il s'agit : il y a de nombreux marchés financiers différents ! (marchés des changes, marché des actions, marché des obligations souveraines, marché des obligations d'entreprises, marché des produits dérivés, marchés des matières premières, ...). C'est aussi vague et non opérationnel que de proposer une taxe sur les entreprises : viserait-t-elle les bénéfices, les investissements, le chiffre d'affaires, le patrimoine ?

Le rapport Landau, qui date de 2004, attend toujours l'heure de sa mise en œuvre. M. Kouchner nous a donné rendez-vous en janvier prochain pour poursuivre la discussion.
A suivre...


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jeudi 3 décembre 2009

Survival international rappelle que les peuples indigènes doivent être pris en compte dans la lutte contre les changements climatiques


Un nouveau rapport de Survival International met en lumière les impacts désastreux de quatre ‘mesures d’atténuation’ qui menacent les peuples indigènes:





1. Les agrocarburants : promus comme une alternative ‘écologique’ à l’énergie fossile, la plupart des terres allouées à leur production sont les territoires ancestraux de peuples indigènes. Si la production d’agrocarburants s’intensifie comme prévu, des millions d’autochtones du monde entier perdront leurs terres et leurs modes de vie.

2. L’énergie hydroélectrique : le nouvel essor des barrages, censé remédier au changement climatique, expulse des milliers d’autochtones de leurs terres.

3. La conservation des forêts : les chasseurs-cueilleurs ogiek du Kenya ont été forcés de quitter les forêts où ils vivent depuis des siècles pour ‘inverser les ravages’ du réchauffement climatique.

4. La compensation des émissions carbone : avec l’instauration de la taxe carbone, les forêts des peuples indigènes représentent désormais une immense valeur marchande. Les peuples indigènes affirment que cette mesure mènera à des évictions forcées et à la ‘spoliation de leurs terres’.

Ce rapport recommande que les peuples indigènes soient pleinement inclus dans toutes décisions les concernant et que leurs droits territoriaux soient dûment respectés et garantis.

Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd'hui : ‘Ce rapport met en lumière ‘la plus dérangeante des vérités' — il révèle que les peuples indigènes qui sont les moins responsables du changement climatique sont les plus affectés par celui-ci et que leurs droits sont violés et leurs terres dévastées au nom des mesures prises le stopper. S’abritant derrière l’effort planétaire pour stopper les effets du changement climatique, les gouvernements et les compagnies sont en train de planifier un gigantesque vol de terres. Et comme d'habitude, lorsqu’il y a des enjeux financiers et de juteux profits en perspective, les peuples indigènes n’ont pas voix au chapitre’.

Les Amis de la Terre ont déjà largement dénoncé les fausses solutions que sont les agrocarburants, les grands barrages ou les marchés carbone. Les Etats industrialisés doivent réduire drastiquement leurs émissions domestiques, sans que cela n’affecte la vie de communautés qui ne sont pas responsables de la crise climatique actuelle.

Lire le rapport de Survival : ‘La plus dérangeante des vérités : changement climatique et peuples indigènes



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